17 juin 2006
Mort de Jean ROBA, dessinateur
Jean ROBA vient de mourir mercredi dernier à l'âge de 75 ans.
Il était notamment l'auteur du fameux duo "Boule et Bill" en bande dessinée, dont le dernier album date seulement de 2003 intitulé "Quel cirque !" (n°29). Ce dernier album où il ait collaboré a été co-réalisé par Laurent Verron à qui il a (de son vivant) décidé de passer le relais. En effet, il ne pouvait pas se résoudre, bien que sa santé soit déclinante (il souffrait de polyarthrite), à laisser ses personnages mourir avec lui. D'ailleurs, un numéro 30 des aventures de Boule et Bill est paru l'année dernière, avec pour titre "la bande à Bill" et au passage, est mentionné "d'après Jean Roba", ce qui montre bien combien Roba était encore présent en esprit sur cette BD même s'il ne pouvia tplus la dessiner.
Jean Roba a commencé a dessiné très tôt (à l'envers !), puis est passé par une et il est d'abord devenu publicitaire en illustrant des réclames. Pius il est attitré chez Dupuis par Franquin , dans le journal de Spirou. Il y participe activement
en imaginant et dessinant un gag par semaine. Puis dans une "séance de sueur" en 1959, avec les créateurs de BD Morris (Lucky Luke), Franquin (Spirou, Marsupilami, Gaston Lagaffe), Peyo (les Schtroumpfs, Johan et Pirlouit), sort l'idée de Boule et Bill. Un univers bucolique et enfantin où l'on suit les bêtises d'un gamin roux et d'un cocker (ce dernier lui a été inspiré par un cocker noir qu'il avait recueilli quelques années auparavant). Il aborde néanmoins des sujets durs comme le racisme ou la violence, en les transformant en gags. Le tout est qu'il ne se sentait pas obligé de dessiner des avions à réaction, des villes pleines de tours gigantesques,... L'univers des deux chenapans se sont surtout la maison et le jardin.
A côté, il crée aussi une série d'album intitulé "La ribambelle", BD novatrice pour l'époque évoquant une bande de copains multi-ethniques qui vivent des aventures hors du commun (une sorte de club des cinq). Mais écrire des albums entiers ne l'intéresse pas trop, ce qui l'embête c'est de savoir dès le début comment l'histoire va se finir. C'est pourquoi il préfère les histoires courtes qu'il écrit pour Boule et Bill, dans lequelles on ne peut jamais deviner comment l'action va tourner !
Et le succès est à la fois mondial et transgénérationnel puisque Boule et Bill a été traduit en 20 langues et continue d'être extrêmement apprécié depuis plus de 40 ans qu'elle existe ! Roba s'en atonnait d'ailleurs : "Ce qui m'étonne, c'est que malgré tous les choix qu'ils ont à faire sur tout ce qui les entourent, Boule et Bill marche toujours bien. Donc, quelque part, j'ai eu raison. Vous dire pourquoi, c'est impossible." (interview du site BD Paradisio).
Finissons par ces mots de Roba dans la même interview : "Je ne veux pas qu'après ma disparition - que je souhaite le plus tard possible (rires) - Boule et Bill s'arrête, comme ce fut le cas après la disparition de certains auteurs. Je souhaite que la série continue."...
04 décembre 2004
Maus - tome 2
Maus, tome 2 : Et c'est là que mes ennuis ont commencé, ed. Flammarion
Ce tome 2 de Maus rentre dans la vie des camps, il est donc plus noir que jamais. Pour cela, la jaquette de la BD est tout à fait explicite et le titre aussi d'ailleurs. Au fait, Maus, ça veut tout simplement dire "souris" en allemand.
Une des planches de la BD (désolé que ce soit en anglais).
En fait, le titre ne correspond pas à la totalité de ce tome car Vladeck, le père du dessinateur (je le rapelle) a réussi à échapper un petit moment à l'horreur complète. Comme dans la vie avant le camps, il a su user de ses qualités pour en faire des atoûts, même quand il n'en a pas !. Par exemple, le fait de savoir parler anglais va lui servir à manger à peu près normalement pendant deux mois et ses relations anciennes vont aussi l'aider. En même temps, on sent une espèce de naïveté, de simplicté dans le personnage tant il réagit de manière logique aux choses qui lui arrivent. En fait, il a du bon sens. Il trouve toujours des petites combines, dans le bon sens du terme, pour se tirer d'affaire au moins un temps. Il arrive même à voir sa femme, située dans une autre partie du camps d'Auschwitz, pourtant à 4 km de là. A noter qu'il rencontre un français dans les camps, et ce dernier est représenté avec un visage de... grenouille ! pardi. Les stéréptypes sont tenaces !!! Sa petite amie aussi est française mais il l'a représente quand même en souris.
De la même manière que dans le premier tome, les périodes de retranscription des camps alternent avec le moment où Vladeck les raconte vraiment à son fils aux Etats-Unis. O retrouve un Artie, toujours aussi empêtré dans son devoir de mémoire et la notoriété trop lourde que lui a apportée la publication du premier tome de Maus. Artie se sent un peu écrasé par l'influence de son "survivant" de père et ne se sent pas à la hauteur. Mais son dessin, comme ses dialogue son toujours aussi forts dans l'honnêteté qu'il essaye de transmettre dans la retranscription de son récit : ses relations avec son père, ses pensées, l'histoire de son père en période de guerre et après. D'ailleurs la traduction française est assez savoureuse quand à la façon dont parle Vladeck. Pour vous montrer un exemple : à la fin de la partie 4, à son fils qui s'excuse de l'avoir trop fait parler, il répond : "C'est rien, mon chéri. Toujours, c'est un plaisir quand tu viens me voir." Il parle en petites phrases hachées de cette manière.
Après la guerre, Vladeck s'est fait photographier dans un habit neuf des camps.
Voilà, j'espère que ça vous aura donné envie de le lire, c'est vraiment une description réaliste de l'histoire d'un survivant d'Auschwitz. POur d'autres références sur cette période voyez dans le post intitulé "Maus - tome 1".
28 novembre 2004
Maus - tome 1
Maus, tome 1 : Mon père saigne l'histoire, ed. Flammarion.
MAUS, pour ceux qui ne connaissent pas, mais c'est rare, où ceux à qui cela dit quelque chose, je rappelle qu'il s'agit d'une bande dessinée qui parle de la Shoah. C'est difficile de dire "bande dessinée" car on est dans le récit historique et pas dans l'humour ou l'aventure, qui caractérisent le plus souvent cet art. Je dis bien art, car cette oeuvre a reçue le fameux prix Pulitzer en 1992 et de nombreuses autres récompenses. L'histoire et le dessin sont tellement forts et ils évoquent très bien l'époque de la guerre 39-45, que ça n'en est pas étonnant. L'auteur, Art Spiegelman raconte l'histoire de son père, Vladeck, juif polonais, durant ces années troubles.
Le fils, Artie (dessinateur) et son père, Vladeck lui racontant son histoire.
Il alterne les scènes de la vie de tous les jours de son père, quand celui-ci lui raconte son histoire avec force détails, et les reconstitutions de ses péripéties. Le tout est tellement bien ficelé qu'on est jamais déçu de revenir à une époque ou l'autre. Car, aussi bien les scènes américaines (où Vladeck vit depuis sa sortie des camps nazis) que les scènes polonaises (son pays d'origine) pendant la guerre, nous donnent des indications sur le caractère du personnage principal. Au fil des ses tribulations en territoire occupé, on se rend compte de sa force, de sa capacité à rebondir dans chacune des situations, à ne jamais baisser les bras, alors qu'on le croit perdu. Et aussi de sa chance de connaître les bonnes personnes et d'avoir de l'argent ce qui lui permet, dans bien des situations, de s'en tirer. Par exemple, l'un des ses cousins l'aidera mais uniquement car il peut lui offrir de l'or en échange. Son père le dit lui même : "a ce moment là, la famille, ça existait plus, chacun s'occupait plus que de lui même !" et on la voie se disloquer petit à petit cette famille... Vladeck raconte son histoire à son fils avec tellement de naturel et de simplicité : il dépeint tout ce qui s'est passé jusqu'aux plus petites anecdotes qui nous aident à nous imprégner de l'époque et de ce qu'à pût être le calvaire de millions de gens, les polonais particulièrement. Le dessin de Art Spiegelman renforce cet aspect, il est en noir et blanc, comme la plupart des choses que l'ont a de cette époque. La symbolique y est forte : les personnages sont représentés sous les traits (visage seulement) d'animaux : les Juifs sont des souris, les nazis, des chats... et la traque n'épargneras presque personne, malheureusement.
Les tranches de vie de Vladeck aux USA sont assez décalées, et on nous décrit une situation familiale chaotique. Le père remarié avec une autre survivante, ne la supporte pas et elle non plus, il est question d'argent. Le fils est entre les deux, il voudrait défendre sa belle-mère, mais se retrouve incapable de justifier ses propos auprès de son père qui a toujours le dernier mot. Un BD dans la BD nous raconte d'ailleurs la relation trop protectrice de la vrai mère avec son fils, Artie, ainsi que sa dépression au sortir des camps.
L'auteur en vrai : Art Spiegelman.
Tout cela est bien noir mais tellement réaliste, il ne faut pas qu'on oublie que c'est arrivé et qu'il faudra éviter à tous prix qu'une telle chose recommence. Le tome 2 semble encore plus noir car on y aborde les camps de concentration en eux même, mais je ne l'ai pas encore lu.
Pour ceux qui s'intéressent à cette période, je recommande le film "Le Pianiste" de Roman Polanski, le documentaire « Shoah » de Claude Lanzmann et aussi les romans de Imre Kertez : d'abord "Etre sans destin" et ensuite "Le chercheur de traces" et non l'inverse sinon vous aurez du mal à comprendre « Le chercheur de traces ». Bien sûr, le roman de Primo Levi "Si c'est un homme". Ces romans montrent la machinerie d'anéantissement phénoménale, à peine croyable et terrible -il n'y a pas de mots-, mise en place petit à petit par les nazis. Y échapper relevait alors de la chance et/ou d'une volonté extrêmement forte. Ce qui est bien traduit dans MAUS, alors qu'il est très difficile de parler de cette période.




